Voici un long message. Très personnel, il s'adresse particulièrement aux hommes (éventuellement par l’entremise des femmes qui les entourent - je compte sur vous ;-).

Messieurs : il est temps de briser la loi du silence et de retrouver la parole. Pas pour dire n’importe quoi, mais pour parler de vous, avec profondeur, sincérité, authenticité. Voici pourquoi c’est si important…

De la différence entre les hommes et les femmes face aux difficultés

Observons les femmes. Lorsqu’elles vivent des difficultés, elles en parlent avec leurs amies ou avec vous, même si parfois ça vous énerve. Mais vous, un homme, un vrai, lorsque vous faites face à des difficultés, vous cherchez à les résoudre par vous-même, n’est-ce pas. C’est d’ailleurs important pour vous d’y parvenir sans aide, sinon, ce serait la honte.

Un homme s'en sort seul !

Lorsque vous vous égarez sur une route ou dans une ville, par exemple, contrairement aux femmes, vous ne demandez pas de l’aide à un passant. Vous activez votre GPS ou Google Maps, ou vous prenez une vieille carte routière au fond du vide-poche, vous errez encore, quitte à vous perdre un peu plus, mais sans perdre la face évidemment…

Du besoin de nous rassurer sur nos compétences

Les publicitaires connaissent bien ce mécanisme psychique masculin et capitalisent sur celui-ci pour flatter nos ego mâles. « Les hommes savent pourquoi » [cette bière est la meilleure]. Est-ce efficace ? Pour les brasseurs, en tout cas, mais pas pour nous, les hommes.

 

men and depression

Témoignage vidéo sur le site Today.com (en anglais)

 

 

 

 

 

Pour s’en convaincre, il suffit de regarder cette étude, publiée l’an passé aux États-Unis[1]. Elle révèle que 49% des hommes avouent se sentir plus déprimés que ce qu’ils veulent bien admettre à leur entourage. Un homme sur deux ! On y apprend aussi que 45% pensent être en mesure de résoudre cela par eux-mêmes. Pas sûr que ça marche si l’on considère que, aux US, le taux de suicide des hommes est 3,5x supérieur à celui des femmes[2].

En route vers la dépression

Derrière ces pulsions de mort, la dépression, souvent. Et, chez les hommes, les symptômes de celle-ci ne sont pas toujours ceux que l’on croit. Selon le National Institute of Mental Health[3], plutôt que se sentir ouvertement tristes et désespérés, les hommes déprimés se sentent fatigués, irritables, fâchés. Ils souffrent de troubles du sommeil et d’une baisse d’intérêt pour leur travail, leur famille ou leur hobby. Cela ressemble à quelqu’un que vous connaissez ?

Le prix du silence

Le regretté Guy Corneau fait partie des auteurs qui se sont beaucoup investis pour inviter les hommes à briser le mur du silence et parler de leurs difficultés. Sans l’avoir connu personnellement, je pense qu’il avait beaucoup souffert lui-même du manque de tels échanges. Son livre culte « Père manquant, fils manqué » nous éclaire sur cette longue lignée d’absences paternelles et les conséquences qu’elles engendrent de génération en génération. Cela va des difficultés d’affirmation de soi (ne pas savoir dire non, demander ou mettre des limites) au déficit d’estime de soi (je n’ai pas de valeur comparé aux autres), en passant par la peur des femmes, les addictions diverses comme le travail, l’alcool, les antidépresseurs, les somnifères ; les quêtes éperdues de reconnaissance, de succès, d’amour, de pouvoir ou de puissance, pour tenter d’obtenir des autres cette estime qu’ils refusent de s’accorder à eux-mêmes.

Absent dans sa présence...

L’absence des pères ne s’opérait pas forcément dans la réalité. Mon père, par exemple, était tous les soirs à la maison. Mais il était taiseux, préoccupé par la gestion de ses entreprises, soucieux d’apprendre des choses nouvelles ou de se changer les idées… Son rôle à mon égard était centré sur deux registres : assurer que la famille ne manque de rien, et être le représentant de l’autorité, celui qui fixe ou précise les normes. Il ne m’a jamais donné l’occasion de découvrir l’homme caché derrière le rôle. Il ne m’a rien révélé de l’être humain fait de chair, d’émotions, de passions, de blessures, de fragilités, de doutes, de honte… Né dans une famille nombreuse, il était entré dans l’adolescence au début de la première guerre mondiale, forcé d’assurer son autonomie avant ses 15 ans. Je doute que son propre père ait eu l’occasion de lui parler « d’homme à homme », en toute authenticité.

Sois un homme, mon fils !

Pierre Dedier, mon père, ce héros

Pierre Dedier, mon père, ce héros

Au début du siècle dernier, « devenir un homme » signifiait être solide, dur, résistant, sage aussi et assumer ses besoins et ceux de la famille. C’est ce qu’il a fait. Et c’est ce qu’il m’a transmis jusqu’à son décès, par son attitude et ses silences, alors que j’étais moi-même adolescent. Ses instructions étaient claires : « Sois un homme, mon fils ». Et elles lui ont survécu par l’intermédiaire de notre entourage. A 17 ans, je devenais donc l’homme de la famille aux côtés de ma mère et de ma sœur aînée. Pas d’espace pour vivre ma profonde tristesse : « un homme, ça ne pleure pas, c’est fort ! »

Un homme ne peut être faible

Il faut dire que jusqu’il y a peu, parler de ses faiblesses était considéré honteux. Une série de films publicitaires diffusés en Australie pour La failblesse - jamaispromouvoir une marque de whiskey illustre cela à merveille. Un homme rentre chez lui et parle de moments où il s’est senti plus faible, mangeant des salades, achetant des fleurs… Et tout change pour lui après avoir appelé la hotline de cette marque. On le voit alors avancer énergiquement vers sa piscine, arracher sa chemise, sauter à l’eau pour chevaucher et mater avec fierté un énorme crocodile. Le message est clair : ne vous laissez pas aller à la faiblesse. Pour éviter ce grand danger, l’alcool vous rend rapidement vos forces.

Osciller entre deux pôles

Invité à entrer de manière accélérée dans la vie adulte, j’ai oscillé entre deux parties de moi très contrastées et souvent même en conflit : l’adolescent insouciant, rebelle, frivole, « toujours joyeux » ; et l’homme responsable, travailleur, « toujours sérieux ». Deux masques contrastés pour cacher (et me cacher) de profonds sentiments de manque. Deux stratégies efficaces pour me permettre d’éviter de ressentir ma vulnérabilité, pour faire barrage au torrent de chagrin, de frustration et de culpabilité alimenté par les attitudes puis les décès très proches de mes deux parents. Et, bien sûr, je n’en ai pas parlé, jusqu’à ce que la vie m’invite, à coup de claques, à rouvrir la boîte de Pandore de mes émotions plusieurs décennies plus tard. J’ai pu alors les reconnaître, les partager, entamant ainsi une nouvelle relation avec moi-même et avec le monde, plus humaine, imparfaite, amicale, bénéfique, paisible, épanouissante…

Explorer le chemin le moins fréquenté

Conscient des bienfaits et de l’importance de cette démarche, je m’engage de plus en plus, pour inviter les hommes à emprunter ce que Scott Peck a appelé « le chemin le moins fréquenté » et à aller activement à la rencontre de leurs émotions inconfortables. Je me rends compte, dans les sessions de coaching et les ateliers que j’anime ou auxquels je participe, ou dans des moments de rencontre réservés aux hommes, comme le Mankind Project, à quel point ceux-ci sont mal à l’aise face à leurs fragilités. Leur honte leur fait honte, leurs peurs leur font peur, leur colère les fait rager… Alors, il leur faut à tout prix les cacher, les masquer, car ils sont persuadés d’être les seuls à connaître de telles difficultés. 

Un antidote simple

Pourtant, l’antidote est simple : il suffit d’en parler. Nous découvrons alors que chaque homme, ou presque, connaît de tels sentiments inconfortables ou douloureux. Nous avons tous des moments de doute, des craintes de voir notre imposture démasquée car, bien sûr, nous sommes convaincus que nos qualités ne sont que des leurres et que nos faiblesses vont éclater au grand jour. Nous redoutons au plus haut point que nos limites et imperfections soient découvertes, nous transformant illico en paria de la société, alors que c’est l’imperfection, et pas la perfection, qui est la norme pour tout humain. Et c'est cette humanité commune qui nous permet d'entrer réellement en relation les uns avec les autres.

Osons briser le silence

Alors messieurs, au boulot ! Prenez votre courage à deux mains, invitez un ou deux amis proches, et ouvrez votre sac. Pas besoin de tout déballer d’un coup. Et inutile de commencer à le faire si vous doutez de la bienveillance avec laquelle vous serez accueilli. Cherchez alors des personnes prêtes à vous écouter et à entendre ce que vous avez caché depuis si longtemps, avec compréhension, ouverture, gentillesse, sans jugement ni condescendance. De vrais amis ou amies, ou un professionnel si cela vous semble plus accessible. Le temps est loin où l’on considérait que celui qui « allait voir quelqu’un » était forcément un malade mental ou un fou. Vous verrez que cela nous libère et nous allège. Et vous n’imaginez pas à quel point la reconnaissance de nos faiblesses et vulnérabilités, sont des forces exceptionnelles. (Vous pouvez aussi développer un dialogue non-violent avec vous-même).

Du rôle des femmes dans le bris du silence

Mesdames, ne soyez pas en reste. La parole et l’écoute vous sont sans doute plus familières. Profitez de cette faculté féminine pour exprimer vous-mêmes vos craintes, vos hontes, vos frustrations, dans un climat de partage et non de reproche. Vous créerez alors des conditions favorisant des dialogues authentiques avec ces hommes silencieux qui vous sont proches et si chers.

Il est temps de briser tous ensemble cette longue et pernicieuse tradition qu’est la loi du silence ! Parlons-en…

En toute amitié,

 

Pierre

 

[1] "State of Men 2016" étude réalisée par Berland Strategy

 

[2] Source : American Foundation for Suicide Prevention

 

[3] Source :National Institute of Mental Health

 

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